Communication publique : comment une collectivité choisit son agence
Une collectivité ne choisit pas son agence comme une entreprise : le cadre est réglementaire, l’exigence de neutralité constante et la continuité du service prime sur l’effet. Ce que cela implique concrètement.

La communication publique désigne la communication des collectivités territoriales, établissements publics et services de l’État : informer les habitants, rendre compte de l’action publique, faire connaître un service, conduire une concertation. Elle se distingue de la communication institutionnelle privée par un cadre juridique contraignant et par une obligation permanente de neutralité : deux paramètres qui redéfinissent le métier.
Le scénario type est celui d’un service communication de trois personnes, parfois d’une seule, qui doit tenir un bulletin municipal, un site, une page de réseau social, la signalétique des équipements, les supports de six directions différentes et les demandes arrivées la veille. Le recours à une agence n’y règle pas un manque d’idées mais un manque de capacité, et il est arbitré dans un cadre où le choix du prestataire n’appartient pas entièrement à celui qui travaillera avec lui.
Le cadre de la commande publique change la relation
Une collectivité ne peut pas choisir librement son prestataire au-delà de certains seuils : elle doit passer par une procédure de mise en concurrence encadrée par le code de la commande publique, avec des critères annoncés et pondérés. Pour l’agence, cela signifie répondre à un cahier des charges plutôt que proposer une vision, et être jugée sur des critères explicites dont le prix n’est qu’une composante.
Pour la collectivité, l’enjeu est de rédiger un cahier des charges qui laisse la place à une proposition intelligente. Un cahier trop prescriptif obtient l’exécution de ce qu’il a décrit, y compris ses erreurs ; un cahier trop vague rend les offres incomparables. Nous détaillons ce point dans répondre à un marché public de communication.
Marché ponctuel, accord-cadre, marché à bons de commande
La forme retenue détermine la nature de la relation bien plus que le montant. Un marché ponctuel achète un livrable identifié, ce qui convient à une refonte ou à un événement unique. Un accord-cadre à bons de commande achète une capacité de production sur plusieurs années, avec des commandes déclenchées au fil de l’eau : c’est la forme adaptée au flux d’une collectivité, mais elle n’a de sens que si le bordereau de prix couvre réellement les prestations qui reviendront. Beaucoup de difficultés d’exécution viennent de là : une prestation non prévue au bordereau devient un point de friction récurrent, alors qu’elle aurait pu être anticipée en analysant une année type avant la rédaction de la consultation.
Ce que la mise en concurrence change dans le travail quotidien
L’effet le moins discuté est la rigidité du périmètre. Une agence retenue sur un marché ne peut pas élargir librement son intervention, même quand elle identifie un besoin évident, sans risquer de sortir du cadre. Les équipes internes découvrent parfois cette limite au premier trimestre. La parade est de prévoir dès la consultation une ligne de conseil ou d’accompagnement suffisamment large pour absorber ce qui n’a pas été anticipé, et d’organiser un point d’étape annuel où les besoins non couverts sont recensés en vue de la consultation suivante.
La neutralité, en particulier en période préélectorale
La communication d’une collectivité informe sur l’action publique ; elle ne promeut pas une personne. Cette frontière, toujours exigeante, devient critique dans la période qui précède un scrutin, où la valorisation d’un bilan peut être requalifiée en campagne. Une agence qui travaille pour le secteur public doit connaître cette contrainte et savoir dire non à une demande qui exposerait la collectivité.
Informer, rendre compte, promouvoir : trois registres à ne pas confondre
Informer, c’est donner un renseignement utilisable : des horaires, un itinéraire de déviation, une date d’inscription. Rendre compte, c’est expliquer ce qui a été fait avec de l’argent public, ce qui reste légitime tant que le sujet est l’action et non la personne. Promouvoir un bilan personnel sort du champ de la communication publique. La frontière se déplace selon le contexte, et un même support peut basculer d’un registre à l’autre par le seul jeu des photographies et des attributions. La question de contrôle est directe : si l’on retire tous les noms et tous les portraits, le support reste-t-il utile au lecteur.
Les supports récurrents en période sensible
Le bulletin municipal, la newsletter et les réseaux sociaux ne s’arrêtent pas parce qu’un scrutin approche : la collectivité doit continuer d’informer. Ce sont précisément ces supports habituels qui exigent le plus d’attention, car leur régularité fait baisser la vigilance. La pratique la plus sûre consiste à figer suffisamment tôt le format habituel, à documenter ce format, puis à ne rien y changer pendant la période : une rubrique nouvelle, une place inhabituelle accordée à un élu ou un ton soudain plus valorisant sont autant de variations qui se remarquent. Un regard extérieur au moment de la relecture aide, à condition qu’il ait été prévu au calendrier.
L’accessibilité n’est pas une option
Un support public s’adresse à toute la population, ce qui inclut les personnes en situation de handicap, les personnes âgées et les publics en difficulté avec l’écrit. L’accessibilité numérique fait l’objet d’obligations légales pour les sites publics, et la lisibilité des supports imprimés relève de la même logique de service. Une agence qui traite l’accessibilité comme une contrainte esthétique produira des supports non conformes.
- Contrastes de couleur suffisants entre texte et fond, vérifiés et non estimés à l’œil.
- Hiérarchie de titres réelle, structure de document navigable au clavier et au lecteur d’écran.
- Alternatives textuelles sur les visuels porteurs d’information.
- Niveau de langue adapté : une information de service doit être comprise du premier coup.
Le numérique et l’imprimé ne s’évaluent pas de la même façon
Pour un site ou une application, l’accessibilité se vérifie au regard du référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA), qui décrit des critères techniques testables un par un : structure des titres, alternatives, navigation au clavier, gestion du focus, contrastes. Le résultat s’écrit dans une déclaration d’accessibilité publiée sur le site. Pour l’imprimé, il n’existe pas d’équivalent aussi normé, mais les mêmes principes se transposent : corps de texte suffisant, contraste réel, alignement lisible, absence de texte posé sur une photographie chargée. Une collectivité qui commande un support doit demander explicitement lequel des deux régimes s’applique, car une agence qui n’a jamais produit pour le secteur public suppose souvent qu’aucun ne s’applique.
La compréhension fait partie de l’accessibilité
Un document parfaitement conforme sur le plan technique peut rester inutilisable s’il est écrit dans une langue administrative. La démarche facile à lire et à comprendre (FALC) propose une méthode pour les publics en difficulté avec l’écrit : phrases courtes, une idée par phrase, vocabulaire courant, explication des termes indispensables. Toutes les publications n’ont pas à être produites en version FALC, mais les informations de service qui conditionnent un droit ou un accès méritent ce traitement. C’est aussi le meilleur exercice pour clarifier un texte destiné à tout le monde : ce qui devient lisible pour ces publics le devient pour les autres.
La continuité prime sur l’effet
Une collectivité communique en continu : bulletin municipal, information de travaux, ouverture d’un équipement, concertation, alerte. Ce flux régulier compte davantage que les campagnes ponctuelles. L’agence doit donc livrer des outils que les équipes internes pourront utiliser sans elle : gabarits, charte graphique documentée, bibliothèque de visuels, règles éditoriales claires.
C’est un critère de sélection sous-estimé. Une agence qui conçoit un système autonome sert mieux la collectivité qu’une agence qui rend chaque support dépendant d’une nouvelle commande.
Ce que contient un kit qui rend une équipe interne autonome
L’autonomie ne se décrète pas dans une réunion de restitution, elle se livre sous forme de fichiers utilisables par des personnes qui ne sont pas graphistes. Le test est simple : un agent qui doit annoncer une fermeture de service un vendredi à dix-sept heures peut-il produire seul un visuel correct.
- Des gabarits modifiables dans les logiciels réellement installés chez la collectivité, pas seulement dans une suite professionnelle.
- Une charte graphique courte et opérante, avec les cas d’usage plutôt que la théorie.
- Une bibliothèque de visuels libres de droits pour l’usage prévu, classée et nommée intelligiblement.
- Des règles éditoriales tenant en une page : ce qu’on écrit, ce qu’on n’écrit pas, comment on nomme les services.
- Une session de prise en main avec les agents concernés, et une personne joignable ensuite.
La concertation, un exercice à part
Faire participer les habitants à une décision publique n’est pas une opération de communication descendante. Cela suppose un dispositif honnête : une question réellement ouverte, un cadre expliqué, un compte rendu de ce qui a été retenu et de ce qui a été écarté avec les raisons. Une concertation dont les conclusions étaient écrites d’avance produit plus de défiance que d’absence de concertation.
Les trois moments qui déterminent la crédibilité du dispositif
Le premier est l’annonce : elle doit dire ce qui est ouvert à la discussion et ce qui ne l’est pas, faute de quoi les participants investissent leur énergie sur des points déjà tranchés et repartent avec le sentiment d’avoir été utilisés. Le deuxième est la conduite des échanges, où la question du lieu et de l’horaire pèse davantage que la qualité des supports : une réunion à dix-huit heures en centre-ville sélectionne un public. Le troisième, presque toujours négligé, est le retour : publier ce qui a été retenu, ce qui a été écarté et pourquoi. C’est ce dernier temps qui distingue une concertation d’une opération d’affichage, et c’est celui qui coûte le moins cher.
Les erreurs les plus fréquentes côté collectivité
Le déséquilibre d’un marché de communication ne vient pas toujours de l’agence. Plusieurs difficultés récurrentes se décident du côté de la collectivité, au moment de la consultation ou dans les premières semaines d’exécution, et elles pèsent ensuite sur toute la durée du marché.
- Consulter sur un périmètre qui ne correspond pas au volume réel, ce qui rend les prix incomparables et l’exécution tendue.
- Multiplier les interlocuteurs sans désigner de référent unique côté collectivité, ce qui produit des demandes contradictoires.
- Faire valider les créations par une instance qui n’a jamais vu le brief, à un stade où tout changement coûte cher.
- Oublier de demander les fichiers sources et l’étendue des droits, et se retrouver captive à la fin du marché.
- Confondre urgence et priorité, jusqu’à ce que toutes les demandes soient urgentes et qu’aucune ne soit traitée sereinement.
Choisir son agence de communication publique : les critères qui discriminent
Si vous portez la communication d’une collectivité et devez sélectionner une agence, ces six critères discriminent mieux que le portfolio. Ils sont vérifiables en entretien et prédisent assez bien la qualité de la relation de travail sur la durée du marché.
- Connaissance du cadre de la commande publique et des contraintes de période sensible.
- Maîtrise réelle de l’accessibilité, y compris numérique.
- Capacité à produire des outils autonomes, pas seulement des livrables.
- Réactivité sur le flux d’information courant, pas seulement sur les campagnes.
- Références sur des commanditaires publics ou parapublics : voir nos clients.
- Implantation territoriale : connaissance du terrain, des acteurs et des relais locaux.
A6 est implantée à Montpellier et se positionne en Occitanie auprès d’institutions, de collectivités et du monde associatif et culturel. Pour en discuter, contactez-nous.
Questions fréquentes
Une collectivité peut-elle choisir librement son agence de communication ?
Au-delà de certains seuils, non : elle doit organiser une mise en concurrence avec des critères de sélection annoncés et pondérés. En dessous, la procédure est allégée mais les principes de la commande publique (égalité de traitement, transparence, bon usage des deniers publics) continuent de s’appliquer. Concrètement, cela signifie que le choix doit pouvoir se justifier devant un candidat évincé, ce qui suppose une trace écrite de la comparaison des offres. Cette contrainte est aussi une protection pour le service demandeur, puisqu’elle rend le choix opposable en interne. Elle explique enfin pourquoi une agence ne peut pas emporter la décision par la seule qualité d’une présentation orale.
Qu’est-ce qui change en communication publique en période préélectorale ?
La frontière entre informer sur l’action publique et valoriser une personne devient critique, car un support qui met en avant un bilan peut être requalifié en communication de campagne. Le risque ne porte pas seulement sur les campagnes exceptionnelles : ce sont les supports habituels, bulletin et réseaux sociaux, qui exposent le plus, parce que leur régularité fait baisser la vigilance. La pratique la plus sûre consiste à figer le format habituel suffisamment tôt, à le documenter, puis à n’y introduire aucune nouveauté pendant la période. Une agence expérimentée sur le secteur public alerte sur ce risque en amont plutôt que de livrer sans commentaire, et prévoit un temps de relecture dédié au calendrier.
L’accessibilité des supports publics est-elle obligatoire ?
Pour les sites et services numériques publics, des obligations légales d’accessibilité s’appliquent, avec un référentiel technique dédié, le RGAA, et une déclaration d’accessibilité à publier. Pour les supports imprimés, l’exigence relève de la mission de service public : une information destinée à toute la population doit être lisible par toute la population. Dans les deux cas, cela se vérifie techniquement et ne s’estime pas à l’œil. Le point à traiter dès la consultation est de préciser lequel des deux régimes s’applique à chaque livrable attendu.
Comment juger une agence qui n’a pas encore de références publiques ?
L’absence de référence sur un commanditaire public n’est pas éliminatoire en soi, mais elle oblige à vérifier autrement la compréhension du cadre. Trois questions suffisent en entretien : comment l’agence gère un support en période préélectorale, comment elle contrôle l’accessibilité d’un livrable, et ce qu’elle remet exactement en fin de mission en matière de fichiers sources et de droits. Une agence qui répond précisément sur ces trois points a compris le métier, même si ses références viennent du secteur privé ou associatif. Une agence qui répond par son portfolio ne l’a pas compris, quelles que soient ses réalisations.